Femmes de chefs
Elles ont épousé des cuisiniers et jouent souvent un rôle essentiel auprès de leur mari. Comment vivent-elles leur quotidien ?
Une question d’équilibre
Lorsque le couple possède son propre restaurant, bien souvent, les tâches sont ainsi réparties : monsieur cuisine, tandis que madame assure l’accueil et le service en salle (ou l’inverse, bien que cela soit plus rare !). Cela est d’autant plus vrai si les deux ont suivi une formation dans la restauration comme au Gindreau, à St Médard. Pascal et Sandrine Bardet ont racheté le restaurant en 2013. Derrière les fourneaux, Pascal, ancien d'Alain Ducasse pendant 18 ans, connait un beau succès. Consacré « grand de demain région sud-ouest » par le guide Gault et Millau, il a également décroché une « assiette d’or » au guide Hubert, et l’établissement est couronné d’une étoile au Michelin depuis 2014. Un beau succès pour ce couple très impliqué dans la réussite de leur restaurant. Sandrine Bardet, après une formation en hôtellerie/restauration a assuré le service en salle dans plusieurs établissements, et gravi tous les échelons chez Hélène Darroze à Paris (2 étoiles au Michelin), où elle est resté six ans, passant de commis à chef de rang, puis maître d’hôtel. Autant dire qu’elle maîtrise toutes les facettes du métier. L’équilibre entre époux se doit d’être solide, avec une volonté de collaboration efficace, une parfaite organisation. Sandrine explique qu’avec son mari, tout fonctionne comme un échange. Elle donne son avis sur les recettes même si c’est lui qui reste le maître des cuisines. A l’inverse, Pascal peut donner des idées sur le travail en salle, même si cette fonction revient au quotidien à son épouse. Sandrine explique que le restaurant est leur métier à tous les deux, une décision commune qu’ils ont eu de reprendre ensemble un établissement, avec une forte implication de chacun… et où chacun s’épanouit. Auparavant, ils ne travaillaient pas ensemble, et n’en n’avaient pas du tout envie. Etre propriétaire de son restaurant est totalement différent et chacun y trouve son compte et son équilibre.
Equilibre, voilà le maître mot, même s’il peut s’exprimer de diverses façons, comme dans le couple que forment Clarisse Ferreres Frechon et Eric Fréchon. Celui-ci peut s’enorgueillir d’avoir réussi un parcours sans faute et collectionne les récompenses ! Meilleur Ouvrier de France depuis 1993, il a successivement officié dans les cuisines de la Tour d’Argent et du Crillon, et ouvert son propre établissement avant d’accepter de prendre les commandes des cuisines de « L’Epicure », restaurant du célèbre palace parisien « Le Bristol », en 1999. Après avoir décroché une deuxième étoile, c’est la consécration en 2009, avec l’obtention de la 3è étoile au Michelin. Il sera également désigné « chef de l’année » et le restaurant Epicure a été élu meilleur restaurant d’hôtel du monde à plusieurs reprises. Pour Clarrisse, il serait impensable de travailler avec son mari. Chacun dans le couple a trouvé son équilibre : elle dirige une agence de communication (l’Agence Melchior) et s’occupe de la gestion de l’image de son mari, tandis qu’il officie brillamment en cuisine. Les rôles sont bien définis, chacun travaille énormément et chacun a trouvé sa place et un équilibre à la fois dans sa vie professionnelle et personnelle.
Une vie de famille préservée ?
Ce n’est pas une révélation, le métier de cuisinier n’est pas de tout repos. Exigeant, stressant, il demande une motivation sans faille et un fort investissement personnel. Le cuisinier, généralement, ne compte pas ses heures. Pas facile à vivre lorsque monsieur travaille en tant que salarié, part tôt et rentre tard. Lorsque le couple travaille ensemble, tient son propre établissement et vit au cœur du restaurant, les choses sont bien différentes. Sandrine Bardet confirme que leur vie de couple et leur vie de famille est bien plus simple depuis qu’ils ont leur propre restaurant. Leur choix était murement réfléchi ; le métier de restaurateur est un métier de passion et de plaisir, qui permet de mieux affronter les contraintes. Sandrine et Pascal vivent sur place, avec leurs enfants, peuvent s’en occuper entre deux services, consoler un chagrin, lire une histoire, les faire manger : les enfants viennent en cuisine, les parents en profitent « par petites séquences », et durant les week ends, les vacances et les fermetures du restaurant. En comparaison, ils voient leurs enfants bien plus souvent que certains parents qui rentrent tard le soir, et n’ont parfois le temps que de leur accorder quelques minutes.
Savoir préserver des moments à deux et en famille, c’est primordial, cela joue aussi sur ce fameux équilibre, et c’est peut être ce qui reste le plus difficile. Mais on y parvient. Clarisse Ferreres explique que leurs métiers respectifs sont extrêmement prenants et qu’ils ont très peu de temps pour se voir en semaine. Mais le week end représente une réelle coupure, une parenthèse ; ces deux jours sont sacrés et préservés.
Dans l’ombre de leur mari ?
Aux chefs revient la gloire ! Ce sont eux qui sont mis en avant, eux qui décrochent les étoiles, eux encore que les journalistes viennent interviewer. Certes, mais En réalité c’est bien plus subtil que ça ! Lorsqu’on l’interroge à ce sujet, Sandrine Bardet, femme de Pascal, explique qu’elle ne le ressent pas du tout de cette façon, et ne se sent pas frustrée dans son rôle. « Je ne suis pas femme de chef mais femme de Monsieur Bardet, un point c’est tout ! » clame Sandrine Bardet. Et de confirmer qu’elle ne se sent nullement dans l’ombre, bien au contraire. Elle a une réelle volonté de mettre son mari en avant, qu’elle se sent moins à l’aise que lui pour, par exemple, accueillir une équipe venue tourner une émission pour la télévision. Et d’ajouter que les clients savent très bien reconnaître leur travail à tous les deux. Il y a une réelle reconnaissance des clients pour l’accueil et le service en salle. Lorsqu’ils expriment leur satisfaction, ils félicitent toute l’équipe, et pas seulement le chef. Des équipes qui ont bien besoin de cette reconnaissance, car le travail en salle est encore trop souvent méconnu ou dévalorisé.
Même état d’esprit chez Clarisse Ferreres qui affirme haut et fort qu’elle n’a nullement l’impression de vivre dans l’ombre de son mari. Son travail est de mettre les gens en avant, et ce rôle lui convient parfaitement, c’est son métier, et elle n’y voit aucun problème, assume totalement et voit même plutôt comme une fierté de pouvoir mettre son mari en valeur, sous les projecteurs. « On ne peut pas être tous les deux sous les étoiles, et je suis très fière de lui ». Au quotidien, elle finit même par oublier que son époux est devenu une vrais star, et ne se considère pas comme « femme de ». Elle est indépendante, libre, a réussi sa vie professionnelle, est reconnue comme telle, … et n’aurait en aucun cas voulu le vivre dans l’ombre professionnelle de son mari.
Quelle influence sur leur carrière ?
Si Sandrine Bardet donne son avis sur les recettes de son mari, en aucun cas elle ne l’influence sur sa carrière. Reste qu’ils en discutent ensemble, qu’elle le motive et l’encourage dans ses choix. Même situation pour Clarisse Ferreres qui discute avec son mari, et l’amène à réfléchir sur sa carrière. En revanche, elle n’interfère jamais dans ses choix de recettes. La cuisine est l’affaire de son époux, son domaine réservé. Ni elle, ni lui ne se marchent sur les pieds. Encore une fois, la clé de la bonne entente reste l’équilibre !

