Les bistrots en plein renouveau
Autrefois points névralgiques des villages, les bistrots sont aujourd’hui de moins en moins nombreux…. mais prennent aussi un nouveau visage.
La lente disparition des bistrots
Il y a encore quelques années, chaque village avait son ou ses bistrots, où on se rendait pour discuter, prendre un verre, retrouver des amis.… Symbole de l’art de vivre à la française, ancrés dans notre patrimoine culturel, ils étaient un peu le point névralgique du village. Bien plus qu’un lieu de consommation, le bistrot était un peu le « parlement du peuple ». Pourtant, ils sont de moins en moins nombreux, notamment dans les zones rurales, et nombre de villages ont vu leur dernier bistrot disparaître. Plusieurs raisons expliquent cette situation, à commencer par l’évolution des modes de vie et de consommation. Le développement des loisirs, la télévision ont chassé l’envie d’aller au bistrot, et l’on préfère acheter quelques bouteilles au supermarché pour les boire entre amis, à la maison, d’autant que la crise économique incite chacun à freiner ses dépenses. Les consommateurs n’hésitent pas non plus à investir dans des machines à expresso haut de gamme pour boire un café de qualité chez soi (et parfois meilleur qu’au café du coin…), sans avoir besoin de se déplacer. Autre cause, les contrôles d’alcoolémie, qui incitent les consommateurs à freiner leur consommation d’alcool dans les bistrots. Les professionnels accusent également la loi anti-tabac, qui aurait fait fuir la clientèle…même si le déclin a commencé bien plus tôt. Mais il faut aussi pointer du doigt le fait que de nombreux bistrots n’ont pas su évoluer et ne sont guère attrayants.
Réinventer le bistrot
Pour redynamiser le marché et fidéliser les clients, il faut « proposer aux gens ce qu’ils ne peuvent pas avoir chez eux », affirme Laurent Lutse, de l’UMIH(Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie). Rénover son établissement, rafraîchir les peintures, être d’une propreté irréprochable, mais aussi savoir évoluer, proposer une ambiance agréable, des sièges confortables, des « espaces lounge » et branchés, des animations, et ce aussi bien dans les zones urbaines que rurales, voilà quelques pistes pour attirer une nouvelle clientèle. Selon Laurent Lutse, les bistrots peuvent aussi reconquérir les clients à l’heure du déjeuner, en proposant des produits de qualité. Car ce sont bien les cafés, avec le fameux sandwich « jambon beurre » proposé au comptoir, qui sont à l’origine du snacking. Pourtant, nombre d’entre eux n’ont pas su se renouveler ni proposer des produits de qualités, et ont vu leurs clients fuir vers les boulangeries.
Les « bars à thèmes », qui constituent une nouvelle génération de bistrots, attirent eux aussi une nouvelle clientèle. On voit ainsi arriver depuis quelques années, les bars à bière ou à cocktails, les cafés philo, les bars à karaoké ou encore les cyber-cafés (où l’on peut se connecter à internet). L’UMIH est également à l’origine d’un projet de bistrot dénommé « Faitout » : des établissements « multi-services » qui, en plus d’être des débits de boissons classiques, feraient office de petite épicerie, de dépôt de pain, de « relais colis », proposeraient des services postaux, des billets de train, des journaux, ou des jeux de la « Française des Jeux »… En bref, un concept qui pourrait pallier la disparition des services publics et des commerces dans les villages. Citons également les « Cafés Culture », mis en place pour remédier aux difficultés auxquelles font face les artistes et cafés qui souhaitent organiser des spectacles.
Un exemple de redynamisation du marché : Le label « Bistrot de Pays »
Au début des années 1990, devant le triste constat que de nombreux lieux de vie sociale, dont les bistrots, s’éteignent peu à peu dans les villages, Bernard Reynal, alors agent de développement territorial, a l’idée de réhabiliter ces lieux de convivialité, pour sauver les zones rurales. Il crée le label « Bistrots de Pays » pour les relancer dans les communes de moins de 2000 habitants. Les premiers établissements naissent en région Provence Alpes Côtes d’Azur, et se déploient sur de nouveaux territoires dans les années suivantes.
Aujourd’hui, le pari semble réussi puisque l’on compte plus de 240 bistrots labellisés, sur neuf régions de France, dont les plus représentées restent PACA, Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes. Pour obtenir ce label, le commerce doit respecter une charte qui impose plusieurs conditions : Il faut être situé dans une commune rurale de moins de 2000 habitants, proposer autant que possible les services de base non assurés dans le village (dépôt de pain, de journaux, petite épicerie), être ouvert au moins 10 mois sur 12, utiliser des produits locaux et donc valoriser les circuits-courts, proposer au moins une restauration type « casse croûte » à toute heure, basée sur des produits du terroir, être le dernier ou l’un des derniers commerces avec Licence IV (autorisation de la vente de boissons alcoolisées) présents sur la commune, et mettre en place des animations festives au moins trois fois par an (théâtre, cinéma, débats).

